dimanche 20 mars 2011

En regardant bien, le temps jaunit

Biscuit chinois:
Les errances sont des proses si particulières, neh?  Il y a des rimes à deux cennes, pourtant, cet endroit sent la langueur et même, en raison de la présence de tout un chacun, un parfum de vanité.
L'exil


Depuis la fête de Notre-Dame-de-Padoue, Sainte-patronne des bègues, il n’avait pas dit mot. Il était là chaque samedi, depuis que sa cote de popularité avait dramatiquement chuté. Certes, il avait voeu de religion mais encore plus du suspense a divinus et il se considérait, entre deux émissions de Cooking channel comme un médecin des âmes. En conséquence de quoi c'est dans un coin qu'il éxonérait ses paroissiens de leur plus graves écarts de conduites. Comme les autres, désormais, il fixe les ailes dorées, qui se préparent pour leur romance habituelle. Lui aussi, n'avait jamais rien vù de tel. Il béni rapidement la chose. Amen.


Allez savoir pourquoi, chaque samedi après-midi, des passants sentant la pepermanne emprunptent les uns après les autres la porte près du stand à t-shirt et celui de l’église de scientologie, désert. La ¨patante¨ ayant également subi une décote dramatique sur le marché du salut des âmes. La poutine n'était pas déjà avalée qu'il y avait foule. Aucune annonce, prélude ou  présentation. il était entendu que l'envolée prendrait place comme à l'habitude.

Selon Bernard, du stand à poutine. Jamais aucun papillon ne s'est échappé. Ni mort, ni vie en effet. Seulement, cette poudre blanche qu'il saupoudre pour recouvrir leurs ailes:
- Si on l'enlève, c'est fini. Si on y touche, c'est la fin, j'penses. 

Le marché aux puces


Il n’y a que quelques endroits où l'on peut trouver des steamés et des fleurs de tricot sur une toile salie, en rouge, gris et jaune. Et il faut pour cela aller chez ceux qui ramassent, récupèrent, collectionnent, trient et apparient. Des gueux, tels les traineux, les rammasseux, les collectionneux…

Les marchés aux puces et autres lieux. Là ou les gens comme il faut vont adopter des objets pour les réhabiliter, les sortir de leur crasse, de leur misère. Oui. Sous le ciel des yeux, les coeurs sont ouverts du samedi au dimanche. Oui, on peut tout y prendre ; des objets faits pour vous, pour moi, des destinés qui se rencontrent. Dieu béni le marché aux puces.

Le miracle


C’est au bout d'un couloir, que l’on pouvait assister à ce spectacle ravissant.  Avec sœur Anne au piano qui chante un air qui emplit les visages simples d'une joie fannée. Tous, les yeux fixés au ciel, la bouche entrouverte. Pendant que Mr Li met en ligne des dizaines de spécimens de papillons jaunes. Dans l’attente, on peut percevoir qu’ils sont fagotés, chacun, d'un message, d'un code, des dimensions particulières d'une même réalité. Sur certains, des regards étonnés, sur d'autres des passions fugaces, des éternuements, des bâillements, autres sensations, insouciances. Dès lors, lorsqu'ils s'envolent dans un seul  élan coordonné et anarchique, la réalité s'étale ; plus vivante, plus vraie. Une mouvance pouvant faire prendre forme, il est vrai, à n'importe quel désir. Pourvu qu'il soit authentique...

Chacun pouvait, sur un bout de papier écrire un désir puis s'installer sur une chaise pliante. Les gens se déplacent de partout pour venir voir une envolée, une surprise, chaque fois. Il lit avec une lenteur particulière, celle, dit-on, des regrets. Un chuchotement et tout s'anime. Comme si l'apesanteur terrestre s’émouvait, les peurs, les angoisses, certains revoyant les papillons qui ont déjà une fois parcouru leur ventre, d'autres la peur qui s'évapore, oui, une fantastique pantonimie... Aujourd'hui on avait vù une clotûre rouillée, la peur de la mort, un soir de spectacle en pleine guerre civile d'Espagne puis une romance d'automne sur les caps de Fatima. Des pleurs et des sourires, à tout coup. 

Nul n'avait jamais vu chose semblable. On entendait des jurons, des prières aussi. Nul ne s'est jamais demandé comment ce spectacle fantastique pouvait exister. Ni pourquoi d'ailleurs. Il suffisait de le voir une fois, une fois de plus.

(soupir)
Librement inspiré de personnages de la rue Marmier, de ma conception romantique de l'ombre du vent et de mes après midi au marché aux puces de Vanier. 


3 commentaires:

  1. Le marché aux puces de Vanier.
    Je me souviens.

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  2. Je me souviens de Vanier tout court. La rue Marmier et ses personnages vous vont bien.

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  3. J'ai trouvé beaucoup plus difficile d'écrire une histoire comme celle-ci plutôt que des textes disons plus intimes ou personnels. Ca demande un savoir faire différent, disons: Immense. Néanmoins, c'est en écrivant qu'on apparait, littéralement parlant;)

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